Avant de passer à autre chose…

La décision que j’ai prise de quitter le Parlement interroge et j’ai bien senti que les explications que j’avais pu fournir dans mon précédent blog n’ont pas éteint toutes les questions.

Il est rare en effet qu’un élu renonce de lui-même, sans être touché ni par le cumul ni par une quelconque limite d’age. Les remarques hésitantes faites d’un air mystérieux au fil des rencontres ont fini par me mettre la puce à l’oreille. Au fond, pareille attitude dérange puisqu’elle ne correspond à aucun des stéréotypes selon lesquels nos concitoyens aiment « qualifier » leurs élus….

Alors revenons-y, une fois pour toutes.

Au delà de mon échec aux législatives, c’est d’abord et surtout pour me libérer d’un double sentiment d’impuissance que j’ai renoncé à toute nouvelle candidature.

D’abord à l’échelle nationale, pour tirer les conséquences de l’impossibilité  dans laquelle je me trouvais d’empêcher en quoi que ce soit une dérive politique dont je n’avais pourtant eu de cesse de diagnostiquer les causes et les conséquences. N’avais-je pas démissionné de la direction nationale du pS dès 2007 en dénonçant la vacuité d’un projet qui devait apparaître au grand jour cinq ans plus tard ? N’avais-je pas multiplié ensuite les articles et les livres ( pas moins de quatre ) pour proposer ensuite une autre voie ? N’avais-je pas appelé dès 2012 à une politique de vérité puis à une réorientation sociale de l’action présidentielle, le tout, non sans écho, mais au fond sans succès ?

N’etait-il pas logique d’en tirer les conséquences en cessant  de siéger, qui plus est dans un groupe qui devait en octobre se donner les memes dirigeants que ceux qui nous avaient mené à l’échec en juin ? Sauf à considérer l’engagement politique comme un simple témoignage, il m’a paru nécessaire de tirer les leçons de ces batailles perdues ! On peut sans doute travailler à perte mais un moment vient où il vaut mieux déposer le bilan. Et je ne ressens aujourd’hui à l’avoir fait qu’un profond et vrai soulagement. Mais attention : Cela ne veut pas dire: »cesser le combat » ! Simplement repartir à la base, en toute liberté, pour choisir les combats à mener sans autres compagnons que ceux que je me serais donner !

Ensuite au plan local. Des vingt ans passés à me battre pour mon département ( la Nièvre ) et ma ville de La CHARITE je retire une grande fierté. Mais si j’ai pu changer en partie le destin de telle ou telle partie du territoire, contribuer à sauver des emplois, trouver les financements de nouvelles infrastructures, tout cela n’a pas suffi, et ne pouvait suffire, à changer la donne tant notre petit bout de France, à l’instar de dizaines de départements ruraux et de centaines de villes moyennes, n’intéresse plus ceux qui ont en charge le Pays. Ces dix dernières années, alors que nous avions repris espoir à la faveur de la croissance exceptionnelle du début du millénaire, nous avons payé au prix fort le coût de la désindustrialisation galopante dont le rapport Gallois a fait le triste bilan. A laquelle se sont ajoutées dans le plus grand désordre les fermetures de services publics, écoles, gendarmeries, bureaux de poste etc et la pénurie de médecins qui n’a cessé d’attiser à juste titre parmi les habitants un sentiment angoissé d’abandon et d’insécurité. L’Etat a cessé délibérément de jouer son rôle de garant de l’équilibre des territoires pour ne plus jurer que par les métropoles qui concentrent création d’emplois et investissements publics et privés. Je n’ai jamais autant ressenti qu’au cours des deux derniers quinquennats l’indifférence méprisante des élites parisiennes à l’egard De nos pauvres préoccupations, les petits marquis des cabinets assimilant, dans leur condescendance de futurs « pantoufleurs » nos  démarches- sauver ici 10 emplois, là une liaison ferroviaire- au clientélisme des députés qui, sous la Troisième, se disputaient les licences de bureaux de tabac.

Alors oui , j’en ai eu assez d’inviter mes concitoyens à espérer encore, quand il n’y avait plus rien à espérer. A croire en la parole de l’Etat tout en sachant d’experience qu’elle ne serait pas respectée ( comme cela vient encore d’arriver sur le Contrat de Ruralité et ne manquera pas de se produire pour le Contrat de Développement ). A se réjouir d’annonces deja faites et oubliées plusieurs fois, comme la promesse encore réitérée c’est jours-ci de supprimer les déserts numériques ou médicaux. Oui, J’en ai eu assez de recevoir courtoisement,des représentants de la Poste, d’Edf ou de la Gendarmerie venus m’expliquer (avec les mêmes éléments de langage!) combien mes concitoyens vivraient mieux avec des services délocalisés au chef-lieu régional ou délestés de quelques dizaines d’agents supplémentaires.

Continuer, sans avoir pu faire mieux que de m’opposer à ce processus ou sans parvenir à remporter d’autres victoires que partielles,m’aurait semblé une escroquerie. Je ne jette naturellement pas la pierre à ceux qui le font encore mais j’ai désormais le sentiment de ne plus être COMPLICE d’un processus que je peux donc dénoncer, et combattre, beaucoup plus librement.

C’est qu’en effet, si j’ai quitté le Parlement, je n’ai pas abandonné la lutte: pour les idées auxquelles je crois et qui restent socialistes, sûrs qu’il y en aura bien d’autres qui voudront avec moi en retrouver la vigueur originelle; et pour nos si beaux territoires et « les petits, les sans-grade » qui les peuplent fièrement qui méritent d’avoir toute leur place dans la France de demain. Convaincus que ne parlant plus qu’en mon nom propre , je serai sinon plus efficace, en tout cas et paradoxalement plus légitime que lorsque je devais mon droit à la parole à l’investiture d’un parti dont les dirigeants ont trahi l’histoire. A défaut de tribune officielle, j’ai au moins retrouvé ce sesame qu’est mon enthousiasme de militant !

Voilà ! Tout est dit ! Qu’il soit bien entendu que je n’y reviendrai plus. Une page est tournée. Comme disait l’autre ( « qu’on avait habillé pour un autre destin ») : bonjour la vie ! Je ne suis plus qu’un simple citoyen : c’est un pouvoir immense quand on y songe en républicain !

 

 

 

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