Après le BREXIT, Trump puis Le Pen ?

L’élection de Donald Trump annonce (ou révèle) l’effondrement de ce qu’il restait encore de l’ordre international issu de la seconde guerre mondiale. Il bouleverse aussi bien des certitudes politiques.

L’après-guerre avait consacré l’hégémonie américaine via un vaste réseau d’institutions internationales et d’alliances militaires, justifiant un interventionnisme constant dans toutes les régions du monde, ne serait-ce que pour faire pièce à l’influence soviétique, et à une manipulation sans complexe de l’outil commercial et monétaire.

Ce monde là est derrière nous.

La victoire de Trump en sera sans doute la première illustration. Le poids de cet hégémonisme est devenu, pour les Etats-Unis, trop coûteux, financièrement mais aussi politiquement et en vies humaines. 

De nouveaux espaces s’organisent, en particulier autour de la Chine, et les alliances traditionnelles vacillent. La Turquie prend son autonomie. La Russie refuse de se comporter en vaincu de la guerre froide. L’Iran s’affirme et finira par imposer son choix nucléaire. Partout les budgets militaires augmentent… sauf en Europe alors que les outils hérités des années 50 perdent de leur tranchant : l’UE est paralysée, l’OTAN affaiblie au point de proposer à ses membres du vieux-continent une protection anti-missiles fantaisiste. Les rapports de forces se redessinent donc à grande vitesse.

Les Européens du coup doivent voir dans l’arrivée du milliardaire à la Maison Blanche un révélateur et donc une opportunité. A défaut, l’avenir de l’Europe est d’être la laissée pour compte de ce « newdeal ».

La cohésion de l’Europe est en effet en péril : la disparition de la menace soviétique l’a privée de son appétence pour le progrès social, moyen de contenir le communisme, fissurant les solidarités intérieures. Le dossier ukrainien montre à l’envie que l’Alliance Atlantique n’a plus réponse à tout et peut même devenir un problème surtout si elle s’obstine à proposer en lieu et place d’une vraie protection un bouclier anti-missiles fantaisiste.

Le nouveau cours qui s’annonce entre Washington et Moscou devrait alors permettre de poser à nouveaux frais la question de l’organisation de la sécurité européenne et d’un accord avec la Russie dans l’esprit d’Helsinki. Ce sera difficile mais il faut s’en fixer l’objectif. Ne serait-il pas  paradoxal que l’UE reste nostalgique d’un ordre ancien que les États-Unis ne défendrait plus (comme l’attitude aussi d’Obama en Syrie et avec l’Iran l’esquissait) ? 

À la France, du coup, d’être à l’initiative. N’a-t-elle pas toujours porté l’idée d’une Europe européenne ? 

D’autant que l’arrivée de Trump annonce aussi une révision de la politique commerciale des Etats-Unis. Élu avec les voix des victimes de la crise et de la désindustrialisation il n’aura d’autre choix que de limiter l’impact d’une théorie libre-échangiste qui laisse les vielles nations occidentales exsangues et les livrent du coup aux démagogues de tous bords. Les tensions avec Pékin en seront accentuées, ce qui devra conduire l’UE, sous notre impulsion, a suggéré les pistes d’un nouveau modèle impliquant la reconstitution d’un vrai système monétaire international. Le pire serait de se laisser enfermer dans le rôle du cousin de province que certains ont déjà complaisamment endossé.

Mais le choc affecte aussi nos systèmes politiques. L’impossible, pour certains, est advenu (Le modèle de l’élection présidentielle étant, soit dit en passant, le plus favorable à une telle surprise). Les élites ne convainquent plus. Et pour cause : leurs promesses ont toujours eu le même résultat, à savoir fermetures d’usines et hausse du chômage.

La gauche française doit le comprendre, sauf à s’interroger tel un Louis XVI poudré sur le sens de ce qui est vécu par certains comme une prise de la Bastille : la révolte des ouvriers, des employés, frappés dans leur emploi ou leur pouvoir d’achat, des fonctionnaires modestes soumis aux pressions budgétaires, des territoires fragiles touchés par la désertification, ne cesse de croître, ici même dans notre vieux pays, et cherche un débouché. A l’instar du peuple américain, elle pourrait trouver une issue hors norme…

 

Contenir ce mouvement ne sera pas possible par les sanglots de l’indignation morale ou le repli sur les bien-pensants dont les « people » se font les porte-parole sirupeux . L’échec d’Hilary Clinton en témoigne. L’establishment ne fascine plus.

Le contenir supposera de changer de politique, de mettre par une relance active, l’emploi au premier rang, de raviver une ambition nationale face aux absurdités de la bureaucratie européenne ou l’autisme de notre voisin allemand.

Si nous ne portons pas une ambition forte, généreuse et concrète de la France, décidée à défendre ses intérêts vitaux, c’est sa vision rance, rabougrie, qui l’emportera.

La « haute gauche », celle qui vient de la banque et aspire à y retourner, celle qui croit dans les marchés plus que dans le travail et qui ne voit dans l’exception française qu’une anomalie ringarde, aura à l’évidence du mal à s’y faire.

Peut-être, elle qui se vante de ses succès académiques, aura-t-elle l’intelligence de comprendre que les avertissements se suivent en s’amplifiant, ici (rejet du traité constitutionnel, rejet du CPE, crise des banlieues etc.) et ailleurs (BREXIT, Trump). Et qu’il serait temps d’en déduire la nécessité de renoncer à une stratégie erronée.

La rébellion populaire est en marche. 

Partout elle se cherche et parfois s’égare. C’est à la gauche de lui donner une direction. 

Sinon d’autres s’en chargeront !  

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