Arrêt sur image….

Comme toujours, Manuel Valls parle clair.

Les Primaires, dit-il, constitue un risque pour la gauche, à travers un foisonnement dangereux de candidatures.

Le problème, qu’il prend bien soin d’esquiver, c’est la responsabilité qui est la sienne et plus encore celle de F. Hollande, dans cette situation.

N’est-ce pas la politique menée depuis 2012, et l’affaiblissement inédit du Président de la République auquel elle a conduit, qui est à l’origine de cette balkanisation ?

Il ne faudrait pas que par un cynique tour de passe-passe on prétende remplacer les causes par leurs effets.

Il est d’ailleurs incompréhensible que malgré la menace d’un divorce, avec l’opinion et de larges fractions de la gauche, rien n’ait été entrepris depuis un an pour tenter de favoriser un apaisement. Au contraire, de loi Travail en déchéances de la nationalité, l’exécutif a brandi autant de chiffons rouges comme s’il voulait rendre la rupture irréversible.

On peut certes, comme le fait d’ailleurs le Premier ministre, reprocher à certains, et chez les Frondeurs en particulier, leur intransigeance.

Mais la politique m’a depuis longtemps appris que c’est celui qui a le plus besoin d’un accord qui doit faire le premier pas, surtout s’il détient les leviers d’action et souhaite les conserver.

Les amis du Pouvoir plaideront certes pour l’exercice de clarification : faire tomber les masques entre modernes et archaïques, gauche de protestation et gauche de gouvernement. Mais là encore on peut s’interroger.

Sur le fond d’abord : si moderniser la gauche c’est l’inviter à dissoudre ses références, sa culture de base, égalitaire, pour vanter ce qui appartient à une autre culture politique, il n’est guère surprenant que cela fasse des vagues. Comment s’étonner que l’opération soit assimilée à une forme d’acculturation et même de résignation ? D’autant que l’exercice est compliqué par le départ de Macron : que reste-t-il à F. Hollande comme argument pour incarner une gauche moderne, réaliste, si celui dont on a voulu en faire le symbole claque la porte à son tour ?

Mais sur la forme aussi. Et plus particulièrement le moment ! Cette volonté de clarification, de mise à plat, parfois brutale, n’est en effet pas sans rappeler celle enclenchée par Blair en arrivant à la tête du Labour. Le futur locataire du 10 Downing Street n‘eut en effet de cesse de casser l’influence des syndicats dans son parti comme de le faire renoncer à son pacifisme anti-nucléaire. Et il a gagné effectivement  la bataille de la fameuse clause IV, je crois, imposant du même coup le New Labour et sa Troisième Voie.

Admirateur de Blair, Manuel Valls avait probablement cet exemple en tête lorsqu’il a choisi de faire passer la loi Travail aux forceps, c’est à dire au 49-3, et en parlant de « Gauches irréconciliables ». Mais en oubliant que Blair s’était  lancé dans cette offensive… dans l’opposition. La conduire au pouvoir, en malmenant sa majorité, c’est au contraire prendre un risque mortel. Dont il devient délicat de se désoler ensuite. 

Aussi n’existe-t-il plus qu’une façon d’éviter le pire, et ceci sans garantie. C’est qu’au contraire de ce que nous dit Manuel Valls, le Président doit se soumette à la Primaire et qu’il n’y affronte qu’un seul adversaire, comme si l’on mettait face à face les deux branches de l’alternative.

Certes, soumettre un Président sortant à une telle procédure s’inscrit mal dans l’esprit des Institutions. Mais la volonté du chef de l’Etat de se représenter, alors qu’exceptionnellement affaibli, l’y oblige. C’est la seule façon aussi de maintenir dans le jeu une partie de la gauche qui fera sinon sécession, y compris au sein du Ps.

Certes, espérer que les opposants à F.Hollande aient suffisamment de sens des responsabilités pour réunir leurs ambitions en une seule correspond assez peu aux habitudes égotistes prises par les uns et les autres. Mais il s’agit là de leur seule chance de convaincre en sortant de la confusion que leurs adversaires exploitent aujourd’hui. Comment reprocher à Hollande son échec, et du coup son incapacité à rassembler la gauche, si l’on est pas capable de se rassembler soi-même ? L’argument de Manuel Valls a d’ailleurs fait mouche au lendemain de La Rochelle où « un quarteron » de candidats a posé pour une photo-souvenir qui faisait singulièrement désordre…

S’ils ne parviennent pas à s’entendre,  les opposants à la ligne Hollande auront perdu toute chance de l’emporter, et même le droit d’y prétendre. La situation est grave pour le pays, tragique pour la gauche, exigeant à chacun de se hausser au niveau des circonstances.

A défaut, et finissons-en par là, l’explosion guette. Qui pourrait même survenir avant la Présidentielle. Chacun, c’est vrai, l’attend cyniquement pour l’après !

C’est l’état d’esprit des stratèges de Solférino, dont on connaît le talent pour préparer les défaites, et qui compte sur leur habilité à sauver les ou plutôt leurs meubles quand tout s’effondre : ils ne croient plus au succès de Hollande mais veulent se cacher derrière lui le plus longtemps possible pour éviter qu’un autre ne prenne la main et n’impose ses propres modalités de reconstruction.

C’est l’état d’esprit de la gauche de la gauche qui, en récusant la Primaire et en empêchant le regroupement de la gauche dès le premier tour, la condamne à une élimination prématurée. Dans l’espoir de prendre le leadership ensuite…

Tous ces petits calculs montrent bien la misère politique dans laquelle nous sommes plongés. 

Mais ces calculs pourraient bien être déjoués par la dynamique de destruction qu’enclencherait inéluctablement l’absence de Primaires. Au contraire du Premier ministre, il me semble évident qu’à défaut d’un vote de sélection méticuleusement organisé, chacun prendra ses « cliques et ses claques » pour tenter sa chance, toujours dans l’idée de pouvoir compter après. Valls n’acceptera jamais de laisser partir Macron, ce que voudront lui faire payer ceux qui, auprès de F. Hollande et de M. Aubry, ne l’ont jamais accepté sans que JL. Mélanchon ne renonce ni probablement B. Hamon ou A. Montebourg… au moins dans un premier temps. Il faut en avoir conscience….

Mais, pour l’heure « retenons nos larmes »! Tant que la partie n’est pas jouée, le pire n’est pas certain ! 

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