Carnet de campagne (2)

Mercredi 17/5

Mes journées se terminent si tard qu’il ne me reste presque plus de temps pour écrire ce carnet.

Ces deux jours ont été consacrés, comme le précédent, aux Amognes.

Ainsi est-ce à Montigny que j’ai appris cet après-midi la composition du gouvernement, de la bouche d’un journaliste de Fr3 venu chercher ma réaction.

Le nouveau cocktail politique concocté par l’Elysée et Matignon ne laissent d’étonner les médias. Mais n’est-ce pas l’énième tentative d’un gouvernement des « meilleurs » ? L’aristocratie de la fonction publique, des finances, de l’université, des médias, de la politique s’y est donnée RV et se réjouit de se retrouver, au delà de ces vieux clivages qui séparaient les gens, au fond, d’un même monde. L’opération peut être jugée arrogante. N’est-elle pas surtout naïve ? Ce qui fâche, c’est-à-dire divise ou déchire notre pays, n’est pas dû à une absence de savoir-vivre qu’aurait entretenue une « vieille » politique querelleuse. Le mal est plus profond et ne disparaîtra pas parce que l’on en parlera de manière apaisée ou doctorale.

Au pied de la belle école inaugurée en 1889, au temps des cent ans de la République, je ne pouvais pourtant qu’espérer…..Même si je ne partage pas l’orientation ainsi donnée, comment souhaiter qu’elle échoue ? Ce serait faire prendre encore un peu plus de retard au pays. Mais je n’y vois pour l’instant nulle audace, nulle vraie transgression.

La visite se prolongera à Saint-Sulpice où pour la seconde fois cette semaine nous trouverons porte close. Le maire, nous dit-on, ne recevra personne, aucun candidat. Comme si la démocratie devait demander audience….

Au-delà de la mauvaise manière, comment ne pas voir dans cette attitude qui se répète un signe supplémentaire du découragement qui a gagné le pays ?

L’on ne se sent plus du coup tenu de respecter les règles considérées jusqu’alors comme les plus élémentaires.

Nous remplacerons donc les formalités qui nous étaient refusées, par une tranquille visite du bourg. Qui nous permettra d’apprécier la satisfaction des habitants d’avoir vu récemment s’installer cette sorte d’oiseau rare qu’est devenu pour nous un médecin, un « docteur » en chair et en os.

Le cabinet du nouveau venu ne désemplit pas et la dame qui nous renseigne préférera rentrer à son domicile tout proche pour mieux tenter, nous dit-elle, sa chance plus tard.

Il ne nous aura pas fallu plus de deux cent mètres pour frapper ensuite à la porte d’une amie de mon accompagnatrice du jour, qui se révéla…une bien vieille copine de ma mère, native de Montambert, dont elle me chanta les louanges… soixante dix ans après leur dernière rencontre ! Et les folies (elle emploiera un autre mot) qui l’avaient marquée.

Le temps de remonter dans la voiture et Saint-Firmin nous attendait dans une tout autre ambiance. Le maire, une amie, nous avait concocté chaleureusement visite, échange et rafraîchissement. Avec en prime la découverte d’un jeune poète de la commune, mort à 24 ans, un petit Louis Simmonet auteur de vers gracieux et délicats. Je retiens au passage (au hasard ?) « ..puisque l’aile des vents empire sa chimère quand l’homme se croit sûr et sourit au destin… »….

Le plein fait de cette si chère mélancolie, qui colore et nuance nos vies, l’on pouvait partir pour Saint-Benin y présenter nos respects au maire LR qui aura la courtoisie de nous attendre puis l’élégance de nous rejoindre au café où nous ne retrouverons que des convaincus. Avouerai-je qu’en fin de journée cette complicité amicale a du bon ?

Demain, demain peut-être, trouverons-nous de ces électeurs récalcitrants pour lesquels au fond nous faisons tout ceci ?

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