Conférence Genova Global. Jeudi 10 décembre 2015

Organisée par l'Université de Genève et l'IFRI.

Russie-Europe: comment  sortir de la crise ?

Panel 2 : Quelles sont les conséquences de cette crise ?

Schéma de mon intervention :

1) Cette crise rend, par sa nature même, sa solution plus difficile.

– elle remet en effet en cause la logique même sur laquelle est fondée la sécurité internationale depuis Helsinki, à savoir le respect des engagements internationaux. Ont été "malmenés" dans cette affaire les principes fixés à Helsinki en 1975, par la Charte de Paris de 1990, le traité de Bucarest de 1994 et la Charte sur la sécurité européenne de 1999. On peut dès lors légitimement se demander ce que vaudrait un nouvel accord, général ou partiel sur l'Ukraine.

– elle soulève des interrogations légitimes quant aux motivations réelles de la Russie et par conséquent quant à la possibilité d'envisager avec celle-ci une issue diplomatique durable. S'agit-il pour le Kremlin d'une crispation ponctuelle ou d'une remise en question progressive de " l'ordre européen" consécutif à la chute du Mur ? L'augmentation spectaculaire de son budget militaire, sa dénonciation du Traité sur les forces conventionnelles en Europe, la modernisation de son arsenal nucléaire, l'évolution de sa doctrine d'emploi, l'identification de l'OTAN comme une menace constituent autant de signes inquiétants.

– elle entraîne une dégradation réciproque  de l'image respective de chacune des deux parties, favorisant une simplification outrancière des enjeux. Les médias se livrent des deux côtés au jeu des caricatures que les gouvernements ont tendance à transformer en affrontement idéologique : les droits de l'homme contre la régression autoritaire, la défense des valeurs chrétiennes contre la décadence…

– elle déstabilise enfin l'Union européenne, empêchant celle-ci de jouer pleinement son rôle de médiateur. Depuis le début de la crise une tension s'est installée entre les membres de l'UE situés dans le voisinage de la Russie et les autres, ce dont témoigne encore le débat sur la possible levée des sanctions. Cette tension conduit les mêmes â se tourner plus largement vers l'OTAN au risque de confondre les intérêts de l'Union avec celle-ci.

Ces effets peuvent être durables et déboucher sur une dégradation continue des relations de l'UE avec la Russie et un pourrissement de la situation en Ukraine.

Pour autant, des éléments doivent être pris en compte qui peuvent laisser espérer que ces conséquences ne sont pas irréversibles.

2) Cette crise a parallèlement entraîné des changements susceptibles de jouer dans le sens d'une amélioration progressive et â moyen terme de la situation.

– d'abord la ré-implication forte de la France et de l'Allemagne qui se sont ressaisies d'un dossier laissé jusqu'alors à la Commission qui a, dans la gestion du Partenariat oriental, multiplié les maladresses notamment en amenant l'Ukraine à devoir choisir entre l'UE et la Russie. Le "retour" de Paris et Berlin a permis d'avancer pour la première fois dans la voie d'un règlement (Minsk) et demeure la condition d'une solution définitive.

– ensuite une prise de conscience par l'ensemble des parties de la réalité des enjeux :

    . C'est vrai du dossier ukrainien dont chacun a pu mesurer la complexité, les résistances à un accord ne venant pas toutes de la partie russe. Cette affaire fait désormais l'objet d'une approche plus équilibrée.

   . C'est vrai de la complémentarité de la relation russo-européenne rappelée par la proximité des économies (les sanctions étant dommageables aux deux parties), les limites du pivot euro-asiatique (la Russie ayant besoin de l'Europe pour ne pas se lier trop étroitement à la Chine, financer les besoins d'infrastructures et compenser la faiblesse des organisations mises en place autour d'elles).

   . C'est vrai de la question de la sécurité en Europe dont chacun voit bien désormais qu'elle ne peut être garantie sans implication de la Russie ni par la seule OTAN (celle-ci constituant à cet égard, autant un problème qu'une solution).

Aussi peut-on former le vœu que cette crise remette au goût du jour une vision paneuropéenne, invitant l'Union comme la Russie à chercher à organiser leurs relations futures

dans ce cadre.

Il serait paradoxal que l'une comme l'autre cèdent à la fascination des États- Unis comme interlocuteur privilégié au moment même où ceux-ci n'ont plus pour l'Europe, incluant la Russie, qu'une indifférence (à peine) polie.

  1. Mitterrand au moment de la réunification : "L'Europe est rentrée chez elle, un peu comme on rentre chez soi." Si elle devait renoncer à se saisir directement de cette question, l'Europe serait à nouveau expulsée de chez elle, c'est à dire privée de la maîtrise de son propre destin !

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