Dominique Borne,  » Pour quelle histoire de France ? »

Voilà un livre que je vous conseille de lire durant ce froid week-end (comme je l'ai fait durant le précédent).

Parce qu'il tombe à pic. A tous ceux qui s'interrogent sur la source du mal qui nous ronge, il apporte en effet la meilleure réponse, à défaut d'un prompt soulagement.

Si les Français souffrent de ne plus savoir quelle histoire ils font (et là se trouve bien le nœud du malaise, au-delà des enjeux économiques), c'est que, dit-il, celle-ci n'a plus grand chose à voir avec celle dont la République avait depuis plus d'un siècle entretenu le récit comme on entretient le feu du foyer. Du coup, s'exclame Borne, un trentenaire d'aujourd'hui ne sait plus ce qu'est la France, quand ses aînés ne la reconnaissent plus tant elle a changé au regard du portrait auquel on les avait habitués. Ni le mythe de Clovis, le premier de ces "40 rois qui ont fait la France", ni celui de Vercingétorix, incarnation d'un peuple rebelle, pré-républicain, ne remplissent plus  leur office. Leur gloire s'est tarie à mesure que notre croyance d'un sens de l'histoire s'effondrait.

Est-ce à dire, comme le prétendent tant d'esprits "modernes",  que nous n'aurions plus besoin d'Histoire ? Ou que nous pourrions nous satisfaire du cours de morale auquel on l'a réduite ? Borne fait à cet égard  justement remarquer que de Sarkozy à Hollande, les seules références que leur inspire notre passé commun se résument à la Résistance et au jugement de valeur qu'elle suscite aussitôt. Borne a raison d'observer que cette dérive est redoutable parce qu'un jugement en appelant un autre, s'est ouvert un débat sur la passé où toutes les interprétations deviennent également possibles… et légitimes…

D'où l'urgence de nous remettre â la tâche et de ré-écrire notre histoire, une histoire qui ne peut-être que nationale. Non seulement parce que la nation demeure le cadre naturel d'une construction commune mais aussi parce que c'est nécessairement de la Nation que nous devons partir pour nous tourner vers le reste de notre commune humanité.

Pourtant, pareille approche ne va plus de soi. Borne a le courage d'en rappeler l'exigence et il faut l'en remercier comme des pistes qu'il ouvre pour aller plus loin. Au fil des pages, il ne prétend pas écrire le futur "manuel" sur lequel plancheraient nos écoliers. Mais il nous invite â aller plus loin et notamment, ce qui est essentiel, à faire place dans cette histoire à tous ceux qui l'ont faite, à commencer par les immigrations dont la France s'est nourrie de la fin du XIXème siècle à nos jours.

Le message est ici essentiel : si nous devons retrouver le goût et la fierté de notre histoire, si nous devons être conscients d'une singularité amorcée dès le moment où la monarchie a fait prévaloir les intérêts de l'Etat sur ceux de la chrétienté, nous devons aussi rester attachés à l'idée que nous n'avons qu'une France, forgée à travers une seule histoire et que réaffirmer notre identité ne peut être le prétexte à en revendiquer une partie au détriment d'une autre. La France est une alchimie dont la formule doit être préservée.

Aux responsables politiques, aux citoyens, d'en réinventer les moyens,  nous dit Dominique Borne. A nous d'en retrouver l'envie, ambition d'autant plus nécessaire qu'il n'est pas d'avenir pour un peuple qui ne se ferait plus d'idée de lui-même…

2 réflexions sur « Dominique Borne,  » Pour quelle histoire de France ? » »

    « Pareille approche ne va plus de soi.  »
    Effectivement, et tout particulièrement pour les jeunes générations qui ont désormais du mal à articuler entre elles leurs différentes appartenances (terme préférable à celui, galvaudé, d’identités) au monde, à l’Europe, à leur pays, à leur communauté religieuse ou ethnique, à leur famille)?

    On peut écrire l’histoire de diverses façons , en dictature il est possible de faire disparaitre un événement ou une personne, je pense à Trotsky dans le monde de Staline.
    Il ne faut pas croire pour autant que les démocraties sont honnêtes , l’histoire est le reflet de la classe dirigeante , les déformations sont monnaie courante ainsi que les mensonges par omission .
    Un manuel scolaire correct doit être écrit sans que personne n’essaie de tirer la couverture à lui-ce serait nouveau-.
    Cela dit je pense aussi qu’il est indispensable et urgent de nous remettre à la tâche.
    Il faut apprendre la chronologie c’est indispensable pour une bonne compréhension .
    Des gens nombreux ayant de brillantes situations ne sont pas « foutus » de situer tel ou tel personnage de l’histoire avec une précision inférieure à 400 ou 500 ans ou pire encore ne le connaissent carrément pas!c’est bien triste!
    girard

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