En guise d’adieu aux armes…

Voici plusieurs années que vous me faites le plaisir de lire ce blog et je vous en remercie.

Celui-ci ne va pas prendre fin mais changer de nature.

Il ne sera plus l’expression d’un élu de la Nation mais du citoyen engagé que j’ai choisi de redevenir.

Après vingt ans passés au Parlement, j’ai en effet décidé de ne pas me représenter au Sénat.

Pourquoi ?

D’abord au nom d’un vieux principe mendèsiste : désavoué par les électeurs en juin, je ne m’estime plus en mesure de les représenter à quelqu’autre titre que ce soit. Je renonce donc à tous mes mandats (à l’exception de celui de Conseiller municipal de La Charité sur Loire, cité pour laquelle j’éprouve une affection particulière).

Ensuite par fidélité à moi-même ou plus encore au jeune homme que j’étais en entrant en politique qui n’aurait pas voulu occuper un siège non plus par conviction mais seulement par confort.

La vérité est que je ne me retrouve plus, depuis trop longtemps, dans ce que devient la politique, scène transparente sur laquelle des acteurs égomaniaques se disputent  des rôles auxquels ils ne croient pas. S’il ne s’agit pas de faire, ne fut-ce qu’un peu et de loin, l’Histoire du Pays que l’on aspire à représenter, à quoi bon solliciter le suffrage universel ? La vérité est que ceux qui prétendent aujourd’hui au « pouvoir » ne croient qu’en eux-mêmes, mais pas en une France capable de se bâtir un destin. Leur ambition n’est plus que la recherche narcissique d’une position gratifiante, comme s’il s’agissait non d’agir en chef, de l’Etat, du gouvernement ou de parti, mais de faire ériger de son vivant sa statue médiatique.

Je ne me reconnais pas plus dans ce qu’est devenue la gauche, notion rendue incertaine par les errements de ses « leaders ». Il s’agit là sans doute de l’échec le plus rude d’une génération à laquelle j’appartiens et qui s’est montrée incapable, et pour cause, d’inventer un nouveau projet collectif. Incapacité à laquelle  la pitoyable vacuité du dernier quinquennat a servi de révélateur définitif. Je n’ai certes cessé de dénoncer, depuis ma démission de la direction du PS, une dérive visible par tout esprit honnête. Mais je n’ai eu à lui opposer que des livres, des articles, bref des raisons et des arguments, alors que l’appareil ne fonctionne plus qu’au rapport de forces et les médias au coup d’éclat.

Il y a en fait trop longtemps que la gauche a cessé de s’indigner sinon à travers de rares réflexes conditionnés dont le champ s’est réduit pour ne plus concerner que les droits de l’homme et l’antiracisme…..et encore.

Au vu de ce qu’il faut considérer comme un fiasco collectif, je dois bien admettre que mon action a été vaine, et même si ma part de responsabilité dans celui-ci reste modeste, il me semble normal d’en tirer les conséquences. Non en matière d’implication (je ne renonce pas à l’engagement) mais de statut….

Et pourtant, je continue à croire en la politique, comme moyen de penser et de mettre en œuvre un projet commun, fondé sur des principes assumés, s’appuyant sur une pédagogie respectant le citoyen, et faisant du même coup progresser l’esprit démocratique. Je reste persuadé que cette conception là de la chose publique n’est pas morte et qu’elle refleurira.

Et pourtant, je continue à croire en l’idée socialiste, à l’ambition qu’elle porte de rendre, contre l’économisme, le pouvoir à la société, seule façon d’affronter lucidement les dérèglements d’un système qui menace désormais la vie elle-même.

Il nous faut donc travailler, à l’instar de la génération de l’après guerre, à inventer une nouvelle organisation collective dont l’architecture doit nous mobiliser en priorité, citoyens et intellectuels mêlés, en prenant appui sur une réflexion en sciences humaines abondante dont il convient de se ressaisir.

Y participer n’exige pas d’être parlementaire, d’autant que je serais bien en peine de savoir aujourd’hui où siéger. Le statut d’indépendant n’a-t-il pas enfin plus de valeur hors les facilités qu’offrent nos Assemblées ?

Je vais donc – au gré de l’Etat auquel j’ai fait, au sortir de mes études, le choix de me lier – reprendre une activité professionnelle qui, parce qu’elle sera au service de l’intérêt général, ne sera pas trop éloignée de la mission que je pensais aussi être la mienne en tant que député, maire et sénateur.

Je vais aussi me consacrer au Temps des Cerises, ce collectif d’échanges et de réflexion qu’ont bien voulu fonder avec moi des amis philosophes, historiens, entrepreneurs ou syndicalistes.

Je resterai enfin attentif aux initiatives des uns et des autres – si elles servent à ouvrir une perspective collective !

Enfin, et pour autant que me le permette mon devoir de réserve, je continuerai bien sûr à m’exprimer à travers ce blog qui n’aura d’autre objet que de vous faire partager mes raisons d’espérer.

Gaëtan Gorce

 

 

 

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