Et si la politique restait, malgré tout, une fonction noble…

Disons le clairement, je fais de la politique et pourtant je n’ai plus le sentiment de faire le même « métier » que celles et ceux qui occupant le premier rang, s’abîment au quotidien dans la mise en scène de leurs dérives égocentriques.

Je fais de la politique comme des centaines de parlementaires et des milliers d’élus locaux qui, quoi qu’on en pense ou dise dans les médias, et avec tous leurs défauts, le font par attachement « ringard » à la chose publique. Or, un monde les sépare désormais de ceux qui s’agitent à l’avant-scène.

Parce qu’ils font de la politique… avec l’enthousiasme de celles et ceux qui veulent faire partager des convictions, entretenir des valeurs, agir sur les consciences. 

Parce qu’ils font de la politique… avec la satisfaction, trop rare, de résoudre les problèmes des gens qui s’adressent à eux dans leur désarroi face aux aléas de la vie ; avec le plaisir, trop mesuré, de rendre confiance aux chefs d’entreprise, responsables d’association, maires dont le projet aboutit en partie par ma médiation. 

Parce qu’ils font de la politique pour la joie que l’on ressent à voir ses concitoyens, parmi les plus modestes, se mobiliser et présenter eux-mêmes aux financeurs extérieurs les projets qu’ils ont conçus avant de les mettre en œuvre. 

Parce qu’ils font de la politique pour lire dans les yeux de leurs auditeurs l’accord que produit l’expression juste de leurs attentes, la confiance que finissent par susciter le choix d’expliquer, le refus des solutions toutes faites, la décision de prendre chacun au sérieux.

Parce qu’ils font, comme moi, de la politique, avec ce mélange complexe d’ambitions personnelles et de convictions, d’habileté et de transparence, de détermination et de prudence qui fait la nature même de la fonction. Mais ils en font comme moi avec l’idée avant toute chose de ne jamais rien faire qui pourrait nuire gravement à la dignité de la belle charge qu’on nous a confiée. 

Oh, je vois d’ici les cyniques, ceux à qui « on ne la fait pas « , en lisant pareille profession de foi, ciller pour égrener ensuite tous les contre-exemples : de Cahuzac à Balkany… j’en passe et peut-être des pires.

Mais pour quelle autre activité, fait-on, pour la définir, la règle de l’exception ? 

Bien sûr existent partout ces pathologies bénignes que sont clientélisme, notabilisme ou carriérisme. Il existe même des brigands élus.

Mais partout aussi des citoyens, d’autres élus, des militants aussi, combattent et combattront ces pratiques, la démocratie étant condamnée à rester jusqu’à la fin des temps, ce régime imparfait qui dépend de l’engagement, c’est-à-dire des vices ou des vertus de chacun de nous.

A bien y regarder, il s’agit même d’un des rares champs dans lequel peut encore s’exprimer une forme de noblesse.

Faire de la politique, ce peut être avec Mendes France en novembre 58 renoncer à tous ses mandats après avoir perdu la confiance de ses électeurs aux législatives.

Faire de la politique, ce peut être reprendre le combat à peine libéré d’un univers d’oppression et de tortures comme ces militants birmans que j’avais rencontrés à Rangoon voici quelques années juste avant l’ouverture du régime.

Faire de la politique, ce peut être faire changer la loi selon ses convictions comme le fera Simone Veil avec l’IVG.

Faire de la politique, ce peut être rendre un moment trop court leur fierté à des millions de citoyens noirs comme le permettra l’élection d’Obama voici huit ans.

Faire de la politique enfin ce peut être mener un combat sans fin pour ses idées, juste pour leur permettre d’exister sans en attendre de récompense et quel qu’en soit le prix comme le firent ses députés quittant au cœur des années 50 ou 60 qui, la Sfio acquise à la torture en Algérie, qui le Pcf après Berlin, Budapest ou Prague. 

Ce que nous en voyons aujourd’hui, est sans doute bien éloigné de ce qui pourtant n’a rien d’un idéal mais exprime une sincérité plus fréquente qu’on ne croit.

C’est tout ce patrimoine que trahissent les propos grossiers ou incendiaires d’un ancien Président, ou les confidences pathétiques de celui qui lui a succédé; que corrodent ces dirigeants hantés par l’argent ou la publicité au point d’en oublier leur devoir en croyant que l’on peut tout avoir à la fois : la notoriété médiatique, le train de vie des plus riches et le pouvoir le plus élevé ; qu’avilissent ces démagogues sans scrupule qui exploitent les peurs et attisent les haines en profitant des malheurs des temps et des gens et que l’on peine parfois à démasquer tant les dérives des autres ont nourri leur fonds de commerce.

Mais sans doute vivons-nous une époque de transition et devrons-nous encore supporter quelque temps les enfantillages ou les trahisons permis ou encouragés par la médiatisation, les réseaux sociaux etc. qui transforment ce que l’on appelait parfois la « grande politique » en vulgaire émission de télé-réalité ! D’autres pratiques, cela ne fait aucun doute, finiront, j’en suis certain, par s’imposer.

Aussi, je dis à mes concitoyens révulsés, découragés, enragés même parfois : oui, débarrassez-vous sans état d’âme de ceux qui se révèlent indignes de leur fonction. Mais ne jetez pas la politique avec l’eau de leur bain ! 

Parce que même pratiqué parfois par des voyous, elle reste (et doit rester) un sport de gentlemen.

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