Et si un peu de patriotisme éloignait de l’Europe, et beaucoup y ramenait…

Lorsque l’on veut aborder le dossier européen, il n’est de toutes parts question que de souverainisme.

Simplement s’interroger sur l’impact des traités sur notre situation intérieure, suggérer qu’ils pourraient nous être défavorables, bref faire observer que la France ne gagne guère à se soumettre à la logique voulue par l’Allemagne, ce qui est une évidence, reviendrait à mettre  en péril un demi-siècle de construction européenne.

Et prétendre se référer à l’intérêt national pour refuser la destruction de notre industrie et le sacrifice de nos investissements publics serait rien moins que faire preuve d’un chauvinisme coupable et bientôt belliqueux…

On comprend dans ces conditions que l’extrême-droite n’ait pas grand chose à faire pour se prétendre, et elle seule, « nationale », l’expression semblant être devenue pour les « élites » qui gouvernent, un gros mot !

Aussi serait-il temps d’en revenir à l’essentiel et de fixer clairement le sens des… mots, précisément.

La Patrie, ou plus exactement : le sentiment patriotique existe ! C’est un fait dont il serait du coup prudent de s’accommoder.

Comment se manifeste-t-il sinon par un attachement partagé à une histoire, un territoire, une culture, bref ce qui fait, non une identité (figée) mais notre personnalité nationale ?

Ce lien collectif peut se distendre et du coup menacer la cohésion du pays, le livrant à la menace de convulsions intestines (attentats, guerre civile, conflits sociaux débouchant sur la violence) ou l’agression extérieure.

Il peut aussi être exalté et servir alors de point d’appui à des politiques belliqueuses ou autoritaires conduites par ceux que Jaurès appelait « les maquignons de la patrie » (cf Marc Crépon. L’épreuve de la haine).

Or, ce qui prémunit (plus ou moins selon la lucidité de ses chefs et de nos compatriotes) notre patrie, française, contre ces menaces c’est que celle-ci se confond avec la République… l’esprit, la philosophie, de la République.

La Patrie est pour un Français non un moyen d’exprimer ou d’affirmer une prétendue supériorité mais le cadre dans lequel et l’outil grâce auquel développer les valeurs universelles de liberté, de laïcité et d’égalité.

Le remède n’a certes pas été par le passé une panacée, de la colonisation à la grande guerre. Mais pour autant que la recette en soit préservée et perfectionnée, ce qui est la tâche du politique, de la presse, de l’université etc., il constitue un précieux et efficace contre-poison.

Aussi, peut-on prétendre qu’aimer la France, c’est être prêt à la défendre contre une agression mais aussi refuser de l’engager dans toute action extérieure qui serait contraire aux valeurs qui la constituent.

Qu’aimer la France, c’est en préserver l’existence et la capacité d’action pour faire vivre et rayonner ses valeurs qui ne sont pas cocardières mais universelles, c’est-à-dire qui sont celles de l’humanité entière dont elle est en partie l’incarnation et l’outil pacifique.

Il n’échappe certes à personne que cette présentation n’est pas exempte d’idéalisme.

Mais c’est justement le rôle de celui-ci que de convaincre un peuple qu’il vaut plus et mieux qu’il n’est, surtout s’il s’agit d’en faire, sans trop solliciter son histoire, le porte-drapeau des droits de l’homme et du citoyen.

C’est pourquoi l’on a de nouveau aujourd’hui besoin – contre tous les pisse-vinaigre médiatiques ou les partisans bonasses d’un mol internationalisme qui n’est au fond que celui du commerce – de réveiller et stimuler notre esprit  patriotique.

A la fois pour garantir notre cohésion nationale, fondée sur le respect des singularités tant qu’elles n’attentent pas au collectif, et pour porter en Europe d’abord une certaine idée de l’homme, un humanisme qui récuse la primauté de l’argent et de la technologie sur les valeurs de dignité, de justice, de libre choix et d’égalité. Bref, ce pour quoi se sont battues des générations de républicains.

A mesure que l’UE s’éloigne de ces valeurs, c’est en effet à la France de mener le combat pour celles-ci, et, d’abord, pour cela, de préserver et reconstituer ses forces économiques et politiques.

En l’état, qui ne voit que le chemin de l’Union suppose le détour par la nation.

L’anémie économique, le malaise social et démocratique que connaît notre patrie la rendent aujourd’hui incapable de simplement chercher à se faire entendre du reste de ses partenaires. Nos concitoyens ne s’y trompent d’ailleurs pas qui refusent de se laisser abuser par les promesses trop souvent faites d’Europe sociale ou de new-deal européen. Ils savent quelle influence notre situation intérieure nous donne réellement.

Ils savent qu’en sacrifiant son industrie et ses emplois sur l’autel de l’austérité et d’un libre-échange  sans contrepartie, notre patrie s’affaiblit et avec elle la confiance de ses enfants dans les valeurs qu’elle porte.

Mais ils savent tout aussi bien que leur avenir ne saurait se concevoir en dehors de l’Union.

D’où leur scepticisme et surtout leur désarroi.

C’est pourquoi le véritable enjeu de cette Présidentielle sera de choisir le Président qui fera passer le redressement national avant toute autre préoccupation pour mettre ensuite celui-ci au service d’une réinvention de l’esprit européen, c’est-à-dire d’une solidarité entre les Nations au nom de la prospérité et de la justice.

Un Président qui en redonnant de la vigueur au pays le rendra de nouveau disponible pour en donner à l’Europe.

Un Président qui, pour y réussir, ne craindra pas, non de renverser la table ou de menacer ses partenaires, mais prendra simplement les mesures qui s’imposent en relançant par l’investissent public et productif une machine qui piaffe de redémarrer.

Notre épargne est suffisante pour le financer. Nos marges de manœuvre au regard des fameux 3% également.

C’est autour d’un projet de relance qu’il lui sera possible de rassembler parce qu’elle crée de la confiance.

S’il devait en revanche administrer au pays une nouvelle purge, à l’instar de celle que lui prépare F. Fillon, l’effet sera dramatiquement opposé puisqu’un tel programme réveillera l’esprit de dissensions, stimulera le sentiment d’injustice, nourrira le ressentiment.

Remettre la machine en route en la tournant vers l’avenir, c’est-à-dire la modernisation de toutes nos infrastructures, voilà la clef. Montrer au pays qu’il a un avenir, à sa jeunesse un rôle, à ses dirigeants une mission.

Bref servir la patrie….pour aider l’Europe à repartir.

Tout le reste n’est que fantaisie…

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