Intervention au Conseil national du Parti socialiste

Logops

"Faire du Parti une force novatrice !"

Mes chers camarades,

Au lendemain de notre double échec, présidentielles et législatives, s’est installé à Gauche le temps du doute ! Chacun y est allé de ses réflexions sur les causes de notre défaite ; ou sur ce que peut définir la Gauche dans une société en mouvement.

Après le temps du doute, s’est ajouté depuis quelques semaines, et ce qui est plus grave, le temps des confusions. Pas un mois, pas une semaine ne s’écoule sans que ne surgisse un nouveau courant, une nouvelle chapelle, une nouvelle ambition. Le débat avec les militants à peine ouvert, il est déjà clos, refermé par d’éminents docteurs qui clament leur vérité et cherche à l’apporter, voire à l’imposer à tous.

J’admire, sans nul doute, leur extraordinaire capacité à apporter ex abrupto les réponses, les solutions, les directions. Pour ma part, je préfère encore en rester à la réflexion, à la confrontation des points de vues avant d’en indiquer l’irrésistible issue. Il est sans doute inéluctable et dans la nature humaine que la défaite soit perçue par certain comme l’opportunité de sortir du rang ou d’élargir le sien. Mais la véritable question n’est-elle pas moins la place que chacun peut espérer occuper dans ce Parti que de la place du Parti dans la Gauche et de la Gauche dans le pays ?

Les militants de la Nièvre qui se sont réunis la semaine passée, en sont d’accords. Notre fédération a vécu presque intimement, au rythme de nos échecs et de nos victoires au cours des 30 dernières années. Pour autant aujourd’hui, ils sont choqués et veulent vous faire part de leurs préoccupations : ils ne veulent pas être privés du libre débat auquel ils aspirent. Ils désapprouvent les polémiques, plus encore les mises en cause personnelles, et réclament un débat ouvert, un débat sérieux, sans à priori, sans tabou, ni préjugé, sans querelle de chef. Je n’ai aucun mal à relayer leurs orientations. L’enjeu aujourd’hui n’est pas de créer de nouvelles chapelles mais de faire exploser celles qui existent.

Pour ma part, avec quelques-uns, parlementaires, responsables fédéraux et militants, nous voulons lancer un double appel.

D’abord un appel à l’esprit de responsabilité. Il importe que le débat qui s’est engagé soit mené jusqu’au  bout, que rien ne soit laissé de côté ; que les questions, les interrogations que soulève légitimement le sens de notre échec, que suscite l’éloignement progressif des catégories populaires, que provoque le hiatus observé, entre nos réalisations fortes, nombreuses et le jugement porté sur notre bilan lors de l’élection présidentielle, tout cela doit être mis en discussion. Mais cette discussion ne doit pas servir de prétexte à des règlements de compte, ou la constitution de nouvelles chapelles. Elle ne doit pas conduire le parti socialiste à perdre son centre de gravité, à ne plus avoir de boussole, voire à s’en remettre à des forces extérieures, qu’elles soient syndicales, socioprofessionnelles ou politiques, pour fixer son camp ou trouver son équilibre. La bataille que nous menons, la réflexion que nous engageons doit nous conduire à bâtir un grand parti socialiste qui ne s’enferme pas dans des querelles subalternes, dans des querelles internes, qui parle pour la Gauche et qui parle à toute la Gauche.

Ensuite, un appel à la constitution d’un pôle réformateur. A l’évidence, le résultat des dernières élections n’a pas traduit un manque à Gauche mais plus concrètement un décalage entre les propositions qui étaient les nôtres et d’ailleurs celles de la Gauche tout entière, avec les attentes de nos concitoyens et de la société. Les Français s’interrogent sur un certain nombre de grandes questions : la place de l’autorité ; la place de l’Etat ; la définition de l’intérêt général ; la responsabilité de l’individu dans une société dans laquelle doivent être assurés l’ordre et la liberté. Ils souhaitent bénéficier d’un système de protection sociale efficace, adapté et juste et en même temps ne pas être écrasés par l’impôt et par les prélèvements ; ils souhaitent pouvoir exercer pleinement leurs responsabilités et leur liberté et en même temps bénéficier d’une administration et d’un Etat qui garantissent des chances égales à tous ; ils souhaitent une collectivité nationale capable de définir l’intérêt général et en même temps ils ne considèrent pas que celui-ci puisse être imposé sans concertation, sans négociation, sans renforcement par exemple de la démocratie sociale. C’est toute cette réflexion que les socialistes doivent mener à son terme, qui exclue les réponses qui ont été proposées voici 20 ou 30 ans, qui appelle de notre part, au contraire, une réforme en profondeur de notre mode de pensée.

Cela veut dire que pour nous, ce pôle de la réforme doit être aussi et d’abord un pôle de la rénovation. Nous récusons les rassemblements qui ne seraient au fond que des replâtrages, que des accords d’occasion destinés simplement à faire barrage à telle ou telle sensibilité ou orientation. L’opportunité doit être saisie de constituer une force réformatrice qui soit aussi une force rénovatrice : rénovation des idées tout d’abord, et j’en ai évoqué tout à l’heure les principales lignes ; rénovation des équipes, ce qui suppose que le parti socialiste renonce à certaine forme de cooptation, de débat bloqué pour favoriser régulièrement un renouvellement de ses cadres et de ses responsables. Rénovation enfin du mode de fonctionnement : la pratique gouvernementale nous a peu à peu orienté vers une sorte de gouvernement des petits déjeunés dans lesquels les principales décisions ne sont plus prises dans nos espaces de délibération mais à l’occasion de rencontres associant quelques responsables chargés de décider d’abord autour du Président de la République, puis du Premier Ministre et une fois dans l’opposition, autour tout simplement de ceux qui s’autodésignent. Ces pratiques doivent être remises en question. Elles ont pour effet, non seulement de décourager les militants mais surtout, de priver notre parti de la libre confrontation des idées à partir desquelles l’évolution de notre réflexion seulement est possible.

C’est dans cet esprit de responsabilité, de réforme et de rénovation que nous sommes prêts à nous engager, à nous mobiliser et à travailler. Celui qui consiste à dire que nous travaillons pour l’avenir et donc que nous devons le faire en n’ayant pas seulement en tête les enjeux du Congrès, mais de ce qui se passera après ! A l’issue de ce Conseil National, peut-être aurons-nous été pour partie entendus. Comptez sur nous pour faire en sorte que dans les semaines qui viennent nous puissions l’être totalement et complètement.


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