J’ai co signé cette tribune publiée sur Lemonde.fr avec des leaders syndicaux et des experts pour réindustrialiser notre pays.

Priorité à l’industrie !

Ce chiffre là glace d’effroi. Et même en pleine campagne électorale, où les discours doivent donner de l’élan, il faut bien le citer. Peut-être même le crier : depuis 2001, l’industrie française a perdu chaque jour, en moyenne, 165 emplois. Une ville comme Lourdes ou Fontainebleau « rayée » chaque trimestre, et cela pendant quinze ans. Au total, près d’un million d’emplois directs perdus. Çà suffit ! Si enclin à fustiger de « démagogue » tout discours à rebours de ses idées austéritaires, le patron des patrons, Pierre Gattaz, promettait effrontément de créer « 1 million d’emplois » si le coût du travail baissait suffisamment. Selon la même magie de l’appauvrissement, François Fillon, assure lui de diviser par deux le taux de chômage. Ils trompent les Français ! Pour retrouver le sentier du développement et de l’emploi, le pays ne doit pas jouer les pères fouettards du salariat mais s’appuyer sur la mère de toutes les batailles productives : l’industrie. Même à l’heure du numérique et de la robotique, l’industrie entraîne avec elle toute l’activité, la recherche, l’investissement et, au final, l’emploi.

Réorienter les activités industrielles et productives

Dans une dynamique nouvelle de développement, les activités industrielles devront être vigoureusement stimulées et réorientées de manière à répondre aux besoins fondamentaux tels qu’une alimentation saine, respectueuse de la rareté des ressources naturelles (terre, eau, air), une santé protégée et des logements économes en énergie … Cette réorientation s’inscrit pleinement dans la perspective de la nécessaire transition écologique et ne pourra être opérée qu’avec des travailleurs mieux formés.

Changer la place du travail et favoriser un nouvel entrepreneuriat dans l’économie et la société

La place du travail dans notre société et dans notre économie est très fortement questionnée aujourd’hui. Le chômage et le mal-emploi se répandent, les compétences sont globalement mal valorisées. Or l’innovation n’est pas le fruit spontané des nouvelles technologies mais bien le résultat des interactions humaines.

Le développement industriel a besoin de salariés innovants, aux compétences  reconnues,  bien rémunérés, occupant des emplois stables et prenant une part active aux décisions. Seuls des salariés compétents et impliqués sont, en effet, en mesure de donner aux entreprises les capacités d’innover. Ici réside le compromis fondamental entre le capital et le travail sans lequel aucun développement n’est possible.

De concert avec une organisation du travail fortement rénovée, de nouvelles formes de travail et d’entrepreneuriat devront être stimulées. L’innovation ouverte, l’externalisation ouverte, les tiers lieux, les « fab lab », les très jeunes entreprises devront être soutenus. L’économie sociale et solidaire devra être encouragée et l’économie collaborative promue et protégée afin de ne pas devenir un avatar « ubérisé » du capitalisme financiarisé.

Remettre la finance à sa place

La finance continue d’étouffer l’industrie. Le temps des marchés financiers et celui des publications de résultat trimestriel ne sont pas ceux de l’entreprise et des projets industriels. Sans parler des exigences excessives de rendement des capitaux propres qui privent les entreprises de nombreuses opportunités industrielles et commerciales. Le principe même de cette finance folle est profondément inégalitaire puisque il rémunère les « facteurs » selon leur propension à la mobilité.

Ancrer les activités dans les territoires

C’est un autre enjeu essentiel de la nouvelle dynamique de développement. Un tel ancrage repose sur les différentes dimensions de la proximité territoriale : compétences, ressources et valeurs. Si le renforcement des différentes dimensions de la proximité trouve naturellement sa place dans une dynamique nouvelle de développement, il en va de même de  l’économie circulaire ou encore de l’économie de la fonctionnalité. L’économie circulaire élimine la notion de « déchet » en considérant, dès la conception des produits, leur recyclage et leur réparabilité dans une perspective opposée à l’obsolescence admise, voire programmée. L’économie de la fonctionnalité met, elle, l’accent sur une utilisation raisonnée et le plus souvent partagée des services que peuvent rendre les biens, plutôt que leur propriété individuelle.

Nous ne croyons pas que la politique d’austérité suivie depuis des années soit de nature à donner à la France la perspective et le dynamisme dont elle a besoin. Les coupes claires budgétaires ne peuvent que provoquer la récession et la contraction des débouchés des entreprises. Seul un développement des activités productives soutenu par une politique publique de relance et des dispositifs financiers tournés vers l’investissement dans l’industrie (et non au versement de dividendes accrus) permettra de retrouver le chemin de la prospérité. Il s’agit d’un enjeu collectif qui engage tous les Français, et qui doit être au cœur des débats qui vont animer les campagnes électorales à venir.

Signataires

Jean-Baptiste Barfety, Marie-France Bechtel, Gabriel Colletis, Eric Coquerel, Laurent Cordonnier, Franck Dedieu, Pierre Dubreuil, Guillaume Etievant, Olivier Favereau, André Gauron, Jacques Généreux, Gaël Giraud, Roland Gori, Gaëtan Gorce, Alain Grandjean, Michel Husson, Pierre Laurent, Pierre-Alain Muet, Benjamin Masse Stamberger, Arnaud Montebourg, Etienne Morin, François Morin, Jean-Claude Mailly, Philippe Martinez, Christophe Ramaux, Henri Sterdyniak, Frédéric Teulon, Bernard Thibault

 http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/01/18/redonnons-la-priorite-a-l-industrie_5064389_3232.html

2 réflexions sur « J’ai co signé cette tribune publiée sur Lemonde.fr avec des leaders syndicaux et des experts pour réindustrialiser notre pays. »

    J’ai lu cette tribune intéressante, co-signée par des personnes de valeur et lucides. Bien d’accord avec vous, sur presque tout ce qui est dit, écrit. Cependant une seule chose m’interpelle et me rend dubitatif.
    C’est le paragraphe (Au demeurant, petit paragraphe. Etiez-vous, tous les signataires, un peu coincés, secs, sur le sujet ?)… sur « remettre la finance à sa place « …

    Je constate donc que ce sujet est sensible… et vous fait peur. Je comprends cette gène… Et pour cause. Beaucoup de nos gouvernants, surtout ceux qui se disaient de Gauche (je dis « disaient », car en fait ils ne l’étaient pas, sincèrement), juste par opportunisme. A commencer par Mitterrand, le premier à me décevoir, suivi par Jospin, qui certes n’a pas été un mauvais 1er Ministre, mais qui a raté la marche en 2002, en disant qu’il ne ferait pas une politique socialiste, donc de Gauche… Et le dernier en date, le plus retors, Hollande… Qui lui, nous a bien « gauffrés », avec son discours du Bourget…
    Donc oui, j’ai du mal à croire que vous, tous, gens brillants, et même avec la meilleure volonté de chacun mise en commun, vous puissiez combattre efficacement, le système financier tel qu’il est aujourd’hui… Il est acquit qu’à Droite et à l’extrême droite, ce n’est même pas la peine d’y penser… Marine qui hélas s’appui sur une large frange de citoyens déboussolés, n’est qu’un « Avatar », lancé dans le monde Politique, avec l’appui même, sans réserve, de ce système financier internationalisé.
    A gauche, et en particulier chez les Socialistes, vrais de gauche, dont je douterai toujours, à l’avenir et ce après le lamentable quinquennat Hollande qui avait alors à partir de juillet 2012, l’ensemble des courroies du Pouvoir dans ses mains, pour imposer la volonté du Peuple sur ce sujet et qui n’a rien fait ! … Posons nous déjà la question. POURQUOI ?. Pas par opportunisme, je ne le crois pas opportuniste. En tout cas. il ne possède pas un ego sur-dimensionné. Çà, il nous l’a prouvé. Alors, a t-il manqué de courage ? peut-être, c’est même sûr… car Il s’est déballonné (sans attendre), devant Angéla Merkel, et dans la foulée devant les instances de l’U.E… Déjà bien ancrée dans un Libéralisme débridé. Libéralisme sûr de sa force, qui promeut un peu partout dans 25 pays adhérents sur les 28 présents dans l’U.E, l’Anarchie (baptisée liberté) à tous les niveaux… notamment : Marché Financier truqué (et c’est peu de le dire), marchés publics quasi idem, Grands groupes Industriels, libres de mener leurs activités, comme bon leur semble… Et surtout en matière de rémunération, pour leurs dirigeants, alors que les salaires, pour les travailleurs (ouvriers et employés), sont eux, réglementés.. Surtout à la baisse, compte tenue de l’explosion des contrats en CDD, pour des horaires mensuels faméliques… En lieu et place et au détriment du bon vieux contrat en CDI, qui protégeait (trop pour ces gens là, avides de milliards) les salariés.
    Ils ont réussi leur coup… avec 40 ans de patience, et le gros lot au bout… Je vois donc mal, comment des personnes sensées, dont vous êtes tous, et horrifiées par des actions musclées et catégoriques (pour moi hélas, la détresse exacerbée de ceux qui n’ont plus rien à perdre, le justifierait) peuvent arriver à les faire plier, en leur mettant les genoux à terre, pour les obliger a être plus « partageurs », équittable jusqu’au bout, et à retrouver aussi et déjà un peu d’humanité dans les rapports purement humains… Car le respect (qui leur est dû) est déjà un principe, qui plairait aux brimés. Je vous souhaite bon courage à tous… J’espère me tromper, mais 2017 sera un coup d’épée dans l’eau… Et ce n’est pas Macron, un autre « avatar » de la Droite… purement Financière celle-là… il n’y en a jamais assez de 2… Au cas où. Qui s’occupera de rééquilibrer la situation en faveur des laborieux et des « sans dents » qui par millions attendent du travail.. Un travail qui leur fait défaut, depuis des décennies, pour certains mal lotis.

    Cher lecteur,
    Vous touchez juste. La politique n’est rien sans caractère et il n’est pas sûr que parmi les socialistes -dont je suis toujours-se trouvent des dirigeants assez déterminés pour aller au bout de leur raisonnement. C’est ce qui explique d’ailleurs ma prudence à m’engage dans cette Primaire.
    Je comprends donc d’autant mieux votre interprétation que je la partage.
    C’est du coup tout l’enjeu des années à venir. Je crois que le PS n’est intrinsèquement plus capable de porter une démarche qui demanderait un tant soit peu de courage.
    Pour autant, avant de reconstituer un pôle de confluence de tout ce qui peut constituer « une gauche de gouvernement « , il risque de se passer « un certain temps ».
    Au fond, les électeurs vont nous aider à choisir. Ou bien le candidat PS finit cinquième et s’en est terminé du parti d’Epinay qui implosera sous le choc. Où il se sauvera dans un sursaut difficile à imaginer aujourd’hui grâce à un candidat qui aura su trouver les mots pour convaincre les sceptiques ( tels que vous…ou moi ?) que ses engagements vaudront action.
    À suivre…

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