Le 10 mai ? Un héritage à sauver… !

En ce 10 Mai, quelques jours après une présidentielle qui a vu l’élimination des deux grands partis dès le premier tour, nombreux sont ceux qui pensent qu’une page doit ou va se tourner.

Mais cela ne reviendrait-il pas, comme le disent plaisamment nos amis britanniques, « à jeter le bébé avec l’eau du bain. »?

L’héritage de F. Mitterrand tient en un mot : l’unité de la gauche et, en son sein, des socialistes.

Aussi faut-il avoir tout oublié de ce qu’enseigne notre histoire politique, pour voir un progrès dans la balkanisation en cours.

F. Mitterrand hérita d’un PS déconsidéré entre autres par son attitude sur l’Algérie, déchiré par des luttes de clans, incapable de se doter d’une stratégie et d’un projet. En quelques années il sut, après le désastre de 69, en rassembler les morceaux épars : sa gauche à Epinay en 1971, sa droite aux Assises du Socialisme en 1974, et toutes ses composantes avec communistes et radicaux autour d’un programme commun certes ardemment négocié mais qui allait leur ouvrir les portes du pouvoir en 1981.

Toute son œuvre politique consista par conséquent à démontrer qu’il n’existe pas de « gauches irréconciliables » sauf à les condamner à ne plus jamais gouverner. C’est son principal enseignement, son legs incontestable.

S’en inspirer serait désormais impossible ?

Qui peut croire que les divergences d’aujourd’hui soient plus insurmontables que celles qui opposaient jadis Joxe à Rocard, Chevènement à  Delors… ? D’autant qu’il s’agissait alors pour chacune d’entre elles de personnalités fortes, entières, vertébrées, que F. Mitterrand sut pourtant réunir, et sur la durée, en résistant aux tentations centrifuges qui toujours existèrent.

L’idée d’un centre, aspirant une partie des forces de la droite mais surtout de la gauche (et c’est bien le schéma auquel nous assistons) est aussi vielle que la République. Pour ne s’en tenir qu’à son histoire récente, c’est celle d’une Troisième force, soutenue en particulier par Guy Mollet, qui devait s’achever par le naufrage de 69 et le ralliement forcé à Alain Poher. Pauvre idée en vérité, qui consiste à priver la gauche de ses dents pour n’en plus conserver que la partie molle, prête à tous les compromis, et dont la vocation (vérifiée) est de finir… à droite, supplétive de celle-ci comme hier les Max Lejeune et autres « réformateurs », résidus de la Sfio, dont la désertion priva pendant plusieurs années le PS de représentation dans de nombreux départements.

C’est bien précisément contre cette idée que F. Mitterrand se bâtit sans relâche, parce qu’il en avait mesuré les conséquences inéluctables.

Aussi, sans faire de procès au Président élu, à qui je souhaite bonne chance, préserver l’héritage si chèrement acquis de F. Mitterrand, c’est défendre l’idée socialiste, affirmer son autonomie.

Succomber à la tentation de la 3ème force, ce serait au contraire abandonner à l’extrême droite le soin de représenter seule une alternative au risque de lui permettre d’accéder au pouvoir.

Mais défendre l’idée socialiste ne signifie nullement renoncer, naturellement à la faire évoluer, à la réinventer comme F. Mitterrand n’hésita pas lui-même à le faire après Epinay, précipitant sa réorientation stratégique, modernisant le fonctionnement du parti, faisant émerger des têtes nouvelles…

En ce 10 mai, être fidèle à l’héritage de F. Mitterrand, c’est donc à la fois rester de gauche et préparer la relève !

Banco !

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