Le choix des mots…

Je porte au Premier ministre une véritable estime justifiée par le sens de l'Etat et le souci de la France dont témoigne son action. Je suis loin pour autant de partager tous ses choix. Mais celui qu'il fait de ses mots me convient. Ils sont plus ceux d'un républicain de gauche que d'un socialiste (" apartheid " figurait déjà dans le lexique de JP Chevènement) mais ne nous avait-il pas prévenu : sur Jaurès Clemenceau avait sa préférence !

Le vocabulaire de ses ministres me crée plus d'embarras. Est-ce d'un socialiste ou d'un vrai républicain de gauche que d'inviter les jeunes à se rêver en " milliardaire "? Si la réussite, pour autant qu'elle doive tout au mérite, n'a rien de choquant, comment oublier que l'argent ne saurait être une fin en soi, à la différence de la connaissance, du bien ou de la justice. Ne doit-on plus rêver de servir, d'enseigner, soigner, explorer…?

Et que penser des mots mis en avant dans une Contribution présentée pour le prochain Congrès du PS par le maire d'une très grande ville pointant les avantages des salariés à statut, l'insuffisante flexibilité de notre droit du travail et le poids des " charges ". Non pas qu'il ne faille pas traiter de ces questions, mais pourquoi les recopier presque mot pour mot d'un Manuel élémentaire de libéralisme économique. Est-ce d'un socialiste ou d'un véritable républicain de gauche que de confondre le moyen et le résultat, la performance et le progrès humain qu'elle doit permettre ?

Et que dire du locataire de Bercy qui veut faire de la " bonne finance son amie " retournant par la dérision l'engagement de son Président d'ami, sans mesurer là encore la conséquence d'un tel choix, de pareil vocabulaire ? Et d'un ministre du Travail mettant en cause les instances représentatives du personnel ou la rémunération des chômeurs ?  Est-ce d'un socialiste ou d'un véritable républicain de gauche que de privilégier parmi les nombreux problèmes que soulève notre législation ceux qui bénéficient (un peu) aux actuels ou anciens salariés ? Comme si la crise n'était pas là, frappant manifestement plus durement les ouvriers, les employés, les jeunes précaires que les dirigeants des entreprises du CAC 40. Quant au propos malheureux, d'autant plus qu'ils n'avaient pas conscience de blesser, consistant à voir dans une partie des employées d'une entreprise des " illettrées", ils ont été suffisamment commentés pour que je n'aie pas à y revenir.

Mais comment s'étonner de la fuite de l'électorat populaire si les ministres qui prétendent le représenter, à défaut de toujours agir en son nom, n'ont jamais un mot dans lequel puissent se retrouver les plus humbles, les plus modestes, ceux qui n'aspirent qu'à assumer convenablement leur devoir de parent, de salarié, d'artisan ou de citoyen pour pouvoir ensuite jouir des droits que la société a peu à peu associé à l'idée qu'elle se fait de la justice : droit d'être représenté et donc respecté, droit d'être protégé contre les aléas de l'existence, droit d'obtenir pour ses enfants une éducation d'égale qualité etc.

En politique, les mots commandent tout. Préférer ceux de performance, de concurrence ou de compétitivité à ceux de générosité ou de solidarité par exemple, c'est affaiblir le débat républicain. Non que la compétitivité ou la performance ne soient pas des objectifs honorables. Mais ceux-ci ont delà leurs défenseurs. Ils n'ont nul besoin de nous pour exister et s'imposer. Alors que les autres sont notre héritage, placés qu'ils sont sous notre responsabilité. Les employer, ce n'est pas exclure ceux des autres mais les compléter et du coup préserver voire enrichir notre vocabulaire républicain….

3 réflexions sur « Le choix des mots… »

    Et bien Gaëtan je suis de ton avis.Après la bataille de Morat le bouffon de Charles le Téméraire grand admirateur d’Hannibal lui aurait dit Monseigneur « nous avons été bien hannibalé »et nous pauvres Français nous avons été bien empapaouté .
    Je suis heureux que tu dises »les ministres qui prétendent les représenter »rien en effet de commun avec l’électorat populaire en fin presque ils respirent et nous aussi, mais nous savions déjà qu’ils ne manquaient pas d’air.
    Ne pas savoir rester modeste même quand on occupe de hautes fonctions me semble démontrer d’une certaine façon un petit manque d’intelligence ou est ce peut être les fumées de l’encensoir ?.
    En fin de compte ils ne se retrouveront pas à la soupe populaire mais ils ne seront plus de sinistres ministres: comme le lion et le rat on a toujours besoin d’un plus petit que soi.
    girard

    Les paroles du ministre de l’économie incitant les jeunes à devenir milliardaires, comme si l’argent était une fin en soi, ne justifient en rien l’emploi du mot apartheid pour décrire la situation de nos banlieues.
    La moindre réflexion sur le phénomène de l’exclusion n’implique-t-elle pas de bien distinguer ségrégation intentionnelle et ségrégation inintentionnelle? La responsabilité de l’Etat n’est évidemment pas la même dans les deux cas. Que dirait-on d’un débat sur l’euthanasie au cours duquel euthanasie active et euthanasie passive ne seraient pas distinguées, au motif que dans les deux cas la personne en fin de vie est amenée à mourir ?

    La fuite de l’électorat populaire et les ministres qui prétendent le représenter , j’insiste sur le » prétendent »merci Gaëtan ça fait des années que je dis cela . Il faut se rendre à l’évidence « cette gauche » ne représente pas le peuple d’ailleurs il commence a s’en apercevoir et comme les mots commandent tout, quand on peut dire  » bonnet blanc et blanc bonnet  » ça sent le brûlé pour J-2.
    girard

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