Le moment FN…

« Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire !  » c’est à l’attention des ses chefs sans grande conscience du mal qu’ils lui font que notre République devrait reprendre à son compte le beau soupir de Phèdre…

Comment, en effet, ne pas être abasourdi par l’aveuglement de ces dirigeants politiques qui, tout en présentant le FN comme leur principal adversaire, lui pavent la route vers le pouvoir ?

Et comment ne pas voir se profiler une menace que nourrit la colère des gens, palpable sur tous les marchés pour qui veut bien prendre le temps d’écouter ?

Colère suscitée d’abord par l’obstination du candidat des droites qui nourrit l’argument du « tous pourris » et dont la radicalisation alimente ensuite l’argumentaire complotiste et outrancier du FN.

Colère contre la gauche qui se voit reprocher son bilan mais plus encore ses divisions qui poussent à la démobilisation. L’incapacité de Hamon et Mélenchon à s’entendre puis l’hémorragie de personnalités PS vers Macron entretiennent, chez les électeurs de gauche, un sentiment d’impuissance dont une abstention forte sera l’immanquable conséquence.

Si l’on veut bien ajouter en arrière plan le climat d’angoisse entretenu par la menace terroriste et l’agitation des quartiers comme par… l’irresponsabilité des médias, on voit se mettre en place tous les éléments susceptibles de favoriser un vote puissant pour l’extrême droite.

L’on m’objectera peut-être qu’un plafond de verre lui interdirait d’espérer l’emporter au second tour.

C’est oublier que les élections se font sur des dynamiques. C’est omettre aussi l’impact qu’aura sur l’avenir du FN sa posture d’opposant n1 à l’alliance des modérés de tous bords qui espère bientôt l’emporter.

Le « ni droite ni gauche » est pour l’extrême-droite qui s’en est fait depuis longtemps le promoteur le meilleur cas de figure puisqu’il lui permet d’apparaître comme la nouvelle alternative, c’est à dire demain le seul bénéficiaire potentiel de l’alternance.

Les vieux partis sont certes indéfendables et ont largement contribué à créer les conditions de leur naufrage.

Mais nous devons à tout prix éviter que leur mémoire et leur projet disparaissent avec eux si nous voulons bloquer ce scénario du pire.

Aussi devons-nous surtout ne pas sacrifier la gauche dans cette présidentielle. Le vote utile n’est pas celui qui permet de faire barrage au FN au 1er tour, ce qui n’a guère de sens, mais celui qui contribue à maintenir une pesée à gauche, pour que celle-ci ne puisse être écartée de l’avenir du Pays.Cela suppose aussi de ne succomber à aucune illusion et à garder en tête que ce vote doit s’accompagner d’une exigence de rénovation pour travailler à l’émergence d’un nouveau mouvement plus citoyen et tournée vers les enjeux de demain. »

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