Le socialisme est-il fini ? 

A en juger par les résultats électoraux qu’il obtient ou qui lui sont promis; à s’en tenir aux déclarations creuses de ceux ou celles qui prétendent le représenter sans plus savoir le définir; à s’en rapporter à la politique conduite par la gauche au pouvoir comme par les références, ouvertement libérales, qu’elle emploie, on pourrait bien le penser….Et conclure à la fin d’une idée généreuse qu’aurait épuisée la réalisation de quelques beaux progrès, à commencer par la sécurisation des travailleurs contre les risques de la maladie, de l’âge ou du chômage….Réformé en quelque sorte pour avoir trop servi !

Dans l’esprit de celles et ceux qui se disent encore socialistes, parce qu’ils « dirigent » le parti du même nom, la messe est ainsi sans doute déjà dite et l’invocation des mânes des ancêtres tout en se faisant rare n’exprime plus qu’une vieille habitude, un peu comme un tic de langage. Dont, nous ont-ils d’ailleurs prévenus, ils se débarrasseront à la première occasion….

Pourtant, le besoin de « socialisme » (plus que de gauche – voir dans de précédents blogs pour la différence-) n’a jamais été aussi fort.

Une citation d’André Gorz, sur laquelle je tombe ce matin dès potron-minet en relisant « Capitalisme, Socialisme, Écologie  » finit de m’en convaincre:

« Aussi longtemps, prévient-il, que nous ne disposerons pas d’un autre terme pour désigner le dépassement du capitalisme…la référence au socialisme devra être maintenue, à condition toutefois, ajoute-t-il avec raison, de le redéfinir. »

Pourquoi ? Parce que le socialisme explique-t-il ailleurs, condense l’opposition au capitalisme, entendue non comme la volonté de l’abolir, mais de conduire « la critique radicale des formes de société dans lesquelles le rapport des forces sociales, les processus de décision, la technique, le travail, la civilisation quotidienne, les modèles de consommation et de développement portent l’empreinte d’un souci de rentabilité aussi grande que possible. »

Le socialisme comme refus, plus actuel que jamais, de s’abandonner au règne exclusif de l’argent promu unique étalon de valeurs, au mépris du fraternel, du gratuit, du religieux, etc bref de l’humain…

Y renoncer, poursuit-il, reviendrait à se résigner à l’état du monde, à l’inéluctabilité d’une logique, ajouterais-je, qui précisément n’en a plus.

Le discours de l’adaptation, qui se réclame à tort de la social-démocratie, a certes pour lui ce que ses défenseurs appellent le « réalisme » : prendre le monde tel qu’il est, est un argument imparable. Mais à la condition de ne pas se tromper sur ce que l’on voit.

Loin en effet de nous offrir un cadre à l’intérieur duquel opérer des aménagements favorables à la justice ou à l’égalité, le capitalisme, dans la dimension financière et technologique qui est la sienne aujourd’hui, n’offre plus que du désordre.

Il ne s’agit donc pas de remplacer un ordre par un autre. Mais d’en rétablir précisément un dans lequel le sens des politiques économiques, sociales puisse être à nouveau questionné et démocratiquement redéfini.

Or, le « système économique actuel ne sait plus où il va sinon vers une anarchie croissante dont la crise de 2008 a fourni les prolégomènes et dont la crise climatique pourrait être la conclusion. La folie de ce qui est train de se passer du simple point de vue des intérêts de l’humanité, n’est-elle pas attestée par l’abandon à des algorithmes de pans entiers des processus financiers mais aussi de surveillance et bientôt électoraux voire même de délibérations politiques ?

Le « réalisme » a du coup changé de camp.

La sagesse est précisément de s’opposer aux débordements d’un modèle que toute dérégulation, qu’elle soit du travail, des banques ou des politiques publiques, encourage.

C’est bien pourquoi nous avons plus que jamais besoin de « socialisme » si l’on veut bien y voir l’expression de la volonté des hommes de reprendre en mains leur destin, c’est à dire de substituer du débat et de la délibération à ce qui relève aujourd’hui de l’expertise (biaisée) et du réflexe conditionné.

Le « socialisme » comme façon de dire que la société ne peut se résumer au quantifiable, au numérisable et au rentable et que l’humanité n’est pas réductible, pour reprendre la formule de Marcel Mauss, à « une machine à calculer. »

C’est en ce sens que le rapprochement de cette idée avec celle que produit l’écologie peut constituer pour celles et ceux qui continuent à voir dans la politique d’abord une manière de penser le monde une magnifique opportunité.

A cet égard, les tragédies, humaines, matérielles, et du coup militaires, autoritaires, que nous prépare l’inéluctabilité du réchauffement climatique (que d’aimables mises en scène politiques n’arriveront même pas à retarder) doivent nous inciter à garder les idées claires pour proposer à nos concitoyens d’Europe de se retrouver autour de valeurs humanistes. Notre défaillance d’aujourd’hui les jetant dans les bras des démagogues de tout poil.

Être socialiste aujourd’hui, ce serait par conséquent agir pour une vraie loi bancaire qui prive les monstres financiers que constituent nos banques de leurs outils de spéculation.

Ce serait fonder la relance de l’activité sur un plan d’investissements massifs en faveur de la transition écologique, jusqu’à développer les outils, locaux, régionaux et nationaux, d’une nouvelle planification.

Ce serait remettre au goût du jour les valeurs de désintéressement, le souci de l’intérêt général, le respect dû au citoyen via une éthique de vérité autour desquelles redonner du crédit à la politique; Inventer les nouvelles formes de protection sociale rendues nécessaires par la compétition mondiale.

Ce serait récuser les accords de libre échange pour encourager l’Europe à organiser son avenir économique dans un cadre régional mais ouvert à un vrai co-développement avec l’Afrique.. Ce serait aussi s’opposer à la mise en place des moyens d’une surveillance généralisée de la population….

A ne parler que de renouvellement, n’oublie-t-on pas trop facilement les constantes : l’idée socialiste, c’est à dire le besoin d’organiser la société par la démocratie au service de la justice et de l’égalité en est une !

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