Merci M. Fillon ?

Les Primaires de droite ne sont pas jouées : les errements des sondages qui ont précédé le premier tour l’ont bien montré, il est difficile de construire des prévisions fiables à partir d’un corps électoral aussi vaste et aussi incertain.

Mais François Fillon a pris un sérieux avantage.

Et celui-ci nous livre de précieux enseignements, voire même pour la gauche, s’il devait se confirmer, un signal en forme d’encouragements.

La première leçon vaut pour N. Sarkozy comme pour F. Hollande qui semble hésiter encore à se représenter : les Français de droite, comme demain ceux de gauche, ont trouvé dans la Primaire, le moyen d’empêcher les personnalités dont ils ne veulent plus, d’être leur candidat. L’élimination de l’ancien président ne peut surprendre que ceux qui refusaient de considérer le message constant envoyé par l’opinion depuis plus d’un an : les 4/5ème  des Français ne veulent pas que l’actuel et l’ancien président se représentent. Ils ont fait, hier, et feront en janvier si l’occasion leur est offerte, le nécessaire pour cela…

Quitte à changer de cheval pour y parvenir.

Si, à droite, Juppé leur a longtemps semblé l’instrument le plus approprié pour mener à bien cette opération d’élimination, ils ont manifestement découvert au fil des débats que F. Fillon pouvait parfaitement faire l’affaire, polémique Bayrou aidant, avec l’avantage de présenter un programme plus séduisant et plus clair. Ce qui devrait se confirmer dimanche prochain (sauf mobilisation spectaculaire de l’électorat de gauche, ce qui, on en conviendra, changerait totalement la nature du scrutin…).

A gauche, c’est un mouvement symétrique qui se dessine même s’il n’a pas encore désigné son vecteur. Les électeurs cherchent encore le « candidat-guillotine » qui les préservera d’un Hollande qui, en retardant sa candidature, contribue à différer ce moment décisif. Mais qu’il entre dans l’arène et l’opinion ne tardera pas à se choisir un Brutus convenable (ce pourrait être Macron si celui-ci acceptait d’entrer dans le jeu d’une Primaire qu’il continue de récuser avec autant d’insistance que d’absence de lucidité).

Le deuxième enseignement porte du coup sur le profil et la stratégie des candidats.

Nos concitoyens veulent une clarification des enjeux et des propositions; un langage de vérité fondé sur des principes assumés.

Ainsi les Français de droite ont-ils fini par privilégier un homme ET un projet, qui plus est un projet constant, cohérent, assumé. Ce qui a séduit chez Fillon, c’est l’ancrage et la solidité d’une démarche qui vient de loin : ceux qui prendront la peine de revoir le débat qui l’opposa à Hollande durant la campagne 2007 retrouveront sans surprise tous ses arguments d’aujourd’hui, augmentation de la Tva incluse…

La force de Fillon, c’est donc qu’il a un programme et qu’il l’incarne. Ce faisant, il redonne à son camp son identité.

Ce prétendu « ultra-libéral » n’a pas perdu le chemin de la nation, qui est le socle de la droite depuis plus d’un siècle… et dont l’omission a ouvert le chemin à l’extrême-droite depuis 20 ans.

Ainsi a-t-il déclaré son hostilité au traité euro-atlantique, plaidé pour un renforcement du caractère intergouvernemental dès institutions européennes et l’affaiblissement de la Commission, milité pour que la France retrouve une diplomatie plus indépendante des Etats-Unis en particulier vis à vis de la Russie.

Sa défiance à l’égard de l’Etat peut certes ne pas sembler celle d’un gaulliste mais ce serait oublier l’inspiration du plan Pinay-Rueff qui, au lendemain de 1958, ne correspondait guère aux clichés dont on entoure le pragmatisme de de Gaulle qui, sur le plan des mœurs, restait aussi un vrai conservateur… comme son possible héritier d’aujourd’hui.

La leçon est donc sans ambiguïté : la droite veut un candidat qui lui ressemble et elle l’a probablement trouvé.

Sans que la gauche, à en juger par les premières réactions, l’ait encore bien compris. Et c’est le troisième enseignement…

A y regarder superficiellement, on pourrait en effet penser que la désignation de Fillon ouvrirait un espace au centre dans lequel nombreux seront ceux qui chercheront à se précipiter. La tentation du coup sera grande de croire qu’il suffira de caricaturer un adversaire présenté comme une menace contre tout ce que la gauche officielle prétend encore défendre pour lui faire obstacle.

Tous les cancres de la politique qui ont amené la gauche là où elle se trouve aujourd’hui sont déjà en train d’écrire cette mauvaise copie.

C’est pourtant l’erreur à ne pas commettre.

A l’instar de celui de droite, l’électorat de gauche, balloté, perdu, en colère, aspire à retrouver ses fondamentaux. L’égalité en est le cœur : entre les hommes et les territoires; et l’Etat, un état modernisé, remobilisé, l’instrument.

Loin des discours fumeux sur la société, la décentralisation, et le fédéralisme européen, la gauche devrait opposer à une droite « Fillonisée » un projet volontariste tourné vers la reconquête industrielle, l’aménagement du territoire, le service public, la réponse aux enjeux du travail, la transition énergétique et une Europe tournée vers  l’avenir et barrière au néo-libéralisme. Bref, presque le contraire de ce qui a été fait depuis 2012.

La dernière leçon sonne comme un désaveu magistral de tous ceux qui prétendaient que l’élection ne se jouerait pas sur les questions économiques et sociales. C’est pourtant celles que l’ancien Premier ministre n’a cessé de mettre en avant plaidant pour le désendettement de l’Etat et la rigueur financière, l’abandon des 35h et la relance de l’apprentissage, la réforme du financement de la protection sociale etc. Les enjeux de sécurité demeurent sans doute bien présents dans l’esprit de nos compatriotes comme l’inquiétude quant à l’avenir de la République.

Mais ils n’ont pas cédé à la surenchère laïque, au discours de comptoir, à l’agitation verbale.

Ce qu’ils nous ont dit, c’est vouloir des réponses concrètes aux défis du Pays qu’ils ne confondent pas avec les seuls problèmes sécuritaires et identitaires !!!!!

La victoire de Fillon dimanche prochain serait donc bien une formidable invitation adressée à la gauche d’opérer symétriquement sur elle-même ce travail de clarification et de re positionnement que l’ancien élu de la Sarthe a réussi à effectuer pour son camp.

Face à une droite bien campée sur ses valeurs, une gauche qui relève le défi !

Nul doute que l’extrême-droite n’en sorte alors affaiblie.

N’a-t-elle pas prospéré que sur le brouillage de l’axe droite/gauche ?  La réactivation de celui-ci, qui plus est sur les dossiers économiques et sociaux (ce dont Fillon est la promesse) serait le début de sa fin.

Peut être l’occasion s’en présentera-t- elle dimanche ? En la saisissant, nous pourrions dire alors tout en le combattant : merci M. Fillon !

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