Mon intervention lors de la discussion sur le projet de loi de finances rectificative mardi 8/7/2014

M. le Président

M. le ministre,

Mes cher(e)s collègues,

 

Notre économie stagne alors que nous devons impérativement la faire repartir !

 

Alors que notre PIB vient tout juste de retrouver son niveau d'avant-crise, l'INSEE nous annonce une croissance plafonnée à moins d'un % en 2014, bien insuffisante pour faire reculer le chômage et rétablir l'équilibre de nos comptes.

 

Or, dans le même temps, le gouvernement persiste à nous présenter des mesures globalement récessives, les aides apportées aux ménages et aux entreprises étant plus que neutralisées par les économies générées pour les financer. C'est pour appeler votre attention sur cette contradiction que je me suis abstenu sur la loi de finances initiale. C'est pour réitérer mes précédentes mises en garde que je me vois contraint d'intervenir aujourd'hui.

 

Même corrigée par les mesures de soutien contenues dans ce PLFR, votre politique budgétaire contribuera encore cette année à réduire, et non encourager, l'activité de près d'un point de PIB. C'est certes moins que les précédentes années. Mais c'est encore trop si l'on veut stopper la progression du chômage…..même si, du point de vue des économies, ce ne sera pas assez pour atteindre les objectifs définis avec l'UE, à savoir la réduction de notre déficit à 3,7% et le recul de notre endettement.

De l'avis général, il est plus probable que le déficit atteigne 4% et que notre dette dépasse encore les 90% !

 

De sorte, qu'a poursuivre dans cette voie, vous risquez de perdre sur tous les tableaux.

 

A cela s'ajoute le choix plus que discutable de mettre, si j'ose dire, tous vos œufs dans un même panier. En mobilisant vos rares marges de manœuvre au service d'une baisse des cotisations sociales, loin de démultiplier vos chances de réussite, vous avez choisi une orientation aventureuse et ceci d'un triple point de vue.

 

D'abord, vous allez améliorer les marges de nos entreprises, ce qui est une bonne chose, sans leur offrir en revanche de perspectives à court/moyen terme. Du coup, la faiblesse de la demande, les conduira à se désendetter plutôt qu'à investir et l'impact en sera d'autant diminué sur la croissance.

 

Ensuite, en présentant les baisses de cotisations comme le "nec plus ultra " de la compétitivité, vous laissez penser que celle-ci dépend du coût du travail plutôt que de sa qualité, ce qui revient à raisonner d'autant plus mal que vous remettez en cause des recettes sociales sans proposer en contrepartie une modification globale du financement de notre protection sociale. L'avenir de notre industrie passe par l'innovation et la qualification et laisser croire le contraire c'est encourager des pratiques inadaptées.

 

Enfin, vous consentez à une conception de l'Europe fondée sur la compétition sauvage entre nos économies, par les coûts , qui ne peut conduire qu'à son affaiblissement. Dans la concurrence ouverte par cette recherche partout d'une baisse du coût du travail, vous cherchez, comme le cherchent Espagnols ou Italiens, à regagner des parts de marché sur nos partenaires, ce qui reviendra, si vous y réussissez à reporter sur ceux-ci nos difficultés. Et donc à encourager le retour d'une crise de zone euro.

 

Une autre politique est-elle possible ? Vous prétendez naturellement le contraire.

Et vous avez raison s'il s'agit de rappeler que des économies sont nécessaires.

 

Mais votre raisonnement est plus que douteux si vous voulez remettre notre économie sur le chemin du redressement.

 

Vous ne pourriez y parvenir qu'en injectant dans l'activité des moyens nouveaux dédiés à l'investissement dans la modernisation de l'économie et de l'Etat.

Une telle option, me direz-vous, ne peut venir que de l'Europe. Or, celle-ci, ajouterez-vous, y est opposée !

Je n'ose penser qu'avec pareil syllogisme, vous nous prêchiez la résignation !

Nos intérêts vitaux, la préservation de notre capacité industrielle et des emplois qui y sont attachés, ne sont-ils pas en jeu ?

 

Faut-il que nous donnions ainsi implicitement raison aux partisans d'un repli national en admettant notre impuissance à mettre l'Europe au service de la relance ?

J'y vois plutôt, et là est mon principal reproche, un manque de volonté politique.

Nous connaissons tous en effet la condition pour obtenir de l'Allemagne son ralliement à l'idée d'une relance concertée : c'est la consolidation politique de la zone euro !

 

C'est cette ambition assumée qui nous permettra de débloquer la situation.

Dois-je vous indiquer que je n'ai guère le sentiment, comme bon nombre d'observateurs, que vous partagiez cette ambition au point d'en faire à Bruxelles votre cheval de bataille ?

 

Je veux croire que cette hésitation n'aura qu'un temps et que vous aurez à cœur de débloquer la situation dans les prochaines semaines.

Et c'est pour parier sur ce sursaut que je voterai malgré toutes mes réticences ce PLFR. Mais si rien ne vient, et que le chômage du coup, poursuit son inéluctable et dramatique progression, alors ne comptez plus sur ma voix à l'automne prochain sur le Budget 2015.

Comme le dit l'adage, si l'erreur est humaine, c'est diabolique que d'y persévérer.

 

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