Résumé de mon intervention au débat sur l’efficacité des politiques de l’emploi organisé à l’Université du Panthéon le 27/3/17

Partons de ce double constat : la France est l’un des pays européens qui consacre le plus d’argent public en moyenne à l’emploi (2% PIB contre 1,6 dans l’UE) et dont le chômage est pourtant le plus élevé.

Ce paradoxe traduit une autre réalité française : le fatalisme avec lequel tous les gouvernements ont traité la question, mobilisant d’importants moyens sociaux pour compenser la pénurie d’activités considérée comme insurmontable.

Ce fatalisme n’a connu dans la période récente qu’une exception : entre 1997 et 2002, avec les emplois-jeunes et la réduction du temps de travail, le gouvernement de Lionel Jospin a manifesté un volontarisme politique qui a produit ses effets sur le moment, à travers une baisse significative du chômage sur la période.

C’est ce volontarisme que nous devons retrouver, qui refuse de faire de l’emploi une résultante et qui, par conséquent met celui-ci au cœur des politiques sociales et des politiques économiques.

  1. Ainsi veillera-t-on à ne pas dissocier politique de l’emploi et politique du travail : la baisse continue et sans contrepartie des cotisations sociales n’est plus supportable pour le budget de l’Etat. Ce sont plusieurs points de PIB qui sont ainsi consacrés à une forme de subvention à l’emploi peu qualifié pour un coût croissant avec le salaire. Ainsi la création ou le maintien d’un emploi au niveau de 2 fois le SMIC revient-il a 64.000€/an ce qui on l’admettra est exorbitant. Aussi conviendrait-il, sauf pour les plus petites entreprises, de conditionner ces exonérations à des accords visant à développer les compétences et les qualifications des salariés, et ouvrant, via les gains permis de productivité, à nouveau la porte à une progression régulière des carrières et des salaires. Cette démarche sera évidemment rendue indissociable d’une réflexion sur l’organisation et les conditions de travail. En adaptant le travail au salarié, on facilitera ainsi l’insertion des jeunes ou le maintien dans l’emploi des plus de 45 ans… En encourageant l’élévation des compétences et en soutenant la recherche et l’innovation, nous améliorerons la compétitivité de nos entreprises et gagnerons de nouveaux marchés grâce non pas à la baisse du coût du travail mais à l’amélioration de sa qualité.
  2. Ainsi veillera-t-on à articuler politique de l’emploi et politique économique. Un pays dynamique, qui envoie chaque année de nombreux jeunes sur le marché du travail doit faire la politique de sa démographie, c’est à dire doit soutenir l’activité et créer de nouveaux emplois via une forte relance par l’investissement et d’abord l’investissement public. Ce sont 40mds€ qu’il conviendrait d’injecter immédiatement dans l’économie pour moderniser nos infrastructures numériques, ferroviaires, universitaires etc. en expliquant à l’UE que nous ne pouvons continuer à sacrifier nos intérêts vitaux ( – 750.000 emplois dans l’industrie au cours des 15 dernières années). Contrairement à ce qui est dit, nous ne faisons pas tout pour l’emploi et c’est bien ce qui doit changer.
  3. Ainsi veillera-t-on à compléter ces politiques par des actions qui marchent pour s’attaquer au noyau dur du chômage que l’élévation des qualifications, une nouvelle organisation du travail et la reprise de l’activité ne suffiront pas à entamer, comme on l’a vu au début des années 2000. Il conviendra alors de maintenir un volant élevé de. Contrats aidés pour apporter des réponses d’urgence dans les bassins les plus en difficulté ; de déployer des moyens supplémentaires pour accompagner chaque chômeur individuellement (toutes les évaluations montrent que c’est la mesure qui marche le mieux) ; de mettre un pilote dans l’avion des politiques de l’emploi en nommant sur chaque bassin un seul et unique responsable des crédits dédiés autour d’objectifs définis contractuellement avec les divers financeurs et évalués tous les trois ans.

La société française n’en peut plus du chômage. Elle l’a trop longtemps tolérée au nom d’une politique malthusienne présentée comme incontournable mais qui se révèle chaque jour plus coûteuse socialement et budgétairement.

Il est temps de changer de braquet et de casser ce consensus par défaut pour retrouver et exprimer une volonté !

Laisser un commentaire