Vive l’exception française !

C’est le cri que m’a arraché l’examen clinique de la situation à laquelle j’ai souhaité me livrer dans mon dernier livre.

La France, son modèle, n’est en effet pas le problème mais la solution.

Notre « cher et vieux pays » est habité depuis la Révolution par une passion inextinguible de l’égalité sans laquelle on ne peut comprendre ni la laïcité, ni le rôle donné à l’école, ni le système social que nous a légué la Résistance.

Cette passion est paradoxalement gage d’équilibre et de modération : les Français n’aiment pas les écarts (encore moins les fractures) de revenus ou de développement.

Notre nation a ainsi bâti avec le temps ses équilibres : entre les fortunes et les groupes sociaux, entre les territoires, et même entre les opinions (l’axe droite-gauche fonctionne comme une colonne vertébrale de notre système politique) ou les convictions philosophiques et religieuses (la loi de 1905 en a assuré la coexistence pacifique).

Du coup, la remise en cause de cette « exception » est vécue comme une agression. Non que nos compatriotes soient rétifs au changement ! La résilience de la France en la matière est au contraire spectaculaire : voilà plus de trente ans que la travaille, la corrode et la ruine un chômage de masse ; nos concitoyens ont accepté sans trop réagir des transformations profondes, notre société ayant basculé sans crier gare dans une économie tertiaire à peine réalisé son développement industriel ; enfin, la désertion du pilote, à savoir l’Etat, s’est opérée sans coup férir, l’économie jusqu’aux années 80 étroitement dirigée ayant laissé place en quelques années aux forces d’un marché dérégulé !

Mais, face aux nouvelles mutations qu’exigerait la mondialisation, la France cette fois regimbe.

Trop, c’est trop.

Elle voit bien que notre asphyxie économique a déclenché un puissant mouvement centrifuge : corporatismes, à commencer par celui des Puissants, communautarismes, creusement des inégalités entre métropoles et « France périphérique »…

Elle voit bien qu’on cherche à la défaire.

Alors faute de pouvoir s’appuyer pour l’empêcher sur une gauche vraiment républicaine, elle est désormais  tentée, pour une part d’entre elle, de se saisir du premier instrument venu, aussi poisseux soit-il !

Cette « réaction » est paradoxalement une crispation de ceux qui croient au progrès, c’est à dire au legs du projet républicain d’avant 14 et socialo-gaulliste d’après 45.

C’est ce qu’une classe dirigeante, qui connaît mieux Shangai que le Morvan ou le Limousin, New-York  que Lens ou Montluçon ne parvient pas à comprendre.

C’est pourquoi je dis et écris « vive l’exception française », vive cette volonté, pour laquelle notre peuple cherche un vecteur, de construire l’avenir à partir des principes qui font notre personnalité nationale, plutôt que pour complaire au système fou qui nous emmènera de crises financières en crises climatiques. Cette exception est l’expression d’une résistance à la marchandisation de nos vies. Il faut donc la chérir et non la condamner, et donc la comprendre et l’aider à produire de nouveaux fruits qui pourront, à leur tour, servir d’exemples à tous les peuples qui cherchent une autre voie.

 » Vive l’exception française » Lignes de Repères, décembre 2016 

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